LÉGENDES SUR SCÈNE
Les histoires célèbres de l’Opéra de Pékin : Adieu ma concubine
De la dernière nuit d'un général maudit à la fureur du Roi des Singes, voici les récits et les artistes que l'on est le plus susceptible de voir au programme d'un opéra de Pékin.
Voir les billets du théâtre Liyuan sur GetYourGuide ↗Adieu ma concubine : la loyauté à la fin d’un empire
Parmi les pièces les plus durables de l’opéra de Pékin figure Adieu ma concubine, inspirée de la lutte historique entre les seigneurs de guerre rivaux Xiang Yu et Liu Bang à la fin de la dynastie Qin et à l’avènement de la dynastie Han, il y a plus de deux mille ans. L’opéra se concentre sur la dernière nuit de Xiang Yu avant une défaite décisive, et sur le choix de sa concubine Yu de se donner la mort plutôt que de devenir un fardeau pour lui alors que son armée s’effondre — une œuvre bâtie presque entièrement autour de la loyauté, de l’amour et de la tragédie, plutôt que du spectacle. La combinaison d’un puissant premier rôle jing ou laosheng, d’un rôle dan exigeant et d’une célèbre séquence de danse à l’épée en a fait un pilier du répertoire, et son titre a ensuite inspiré un film internationalement connu de 1993, librement inspiré de l’opéra et de ses interprètes.
Havoc in Heaven : le Roi des Singes sème la pagaille
Issu du roman classique *Le Voyage en Occident*, *Le Grand Chambardement au Ciel* — parfois traduit par *Révolte au Paradis* — met en scène le malicieux immortel Sun Wukong, le Roi des Singes, qui se rebelle contre la bureaucratie céleste après qu'on lui a refusé les honneurs qu'il estime mériter. C'est l'une des pièces phares de l'opéra de Pékin pour les artistes formés au rôle de *wusheng* et spécialisés dans l'exigeant style de l'« opéra du singe », qui allie acrobaties fulgurantes, chorégraphie martiale et comédie physique débridée comme rares sont les pièces à oser le faire d'un seul tenant. Colorée, rythmée et largement accessible sans connaissance approfondie de l'histoire chinoise, des extraits du *Grand Chambardement au Ciel* figurent souvent aux programmes destinés aux visiteurs en quête d'un spectacle vivant et facile d'accès, aux côtés d'œuvres plus intimistes et davantage portées par le dialogue.
Mei Lanfang : l’artiste qui a fait rayonner l’opéra de Pékin à l’étranger
Aucun artiste n’est plus étroitement associé à la renommée internationale de l’opéra de Pékin que Mei Lanfang, le plus célèbre interprète de rôles féminins du XXe siècle, réputé pour avoir affiné la technique des rôles féminins à travers le qingyi, le huadan et d’autres sous-types de dan. Au-delà de son statut en Chine, Mei Lanfang a effectué des tournées internationales à la fin des années 1920 et dans les années 1930, se produisant au Japon, aux États-Unis et en Union soviétique, et on lui attribue largement le mérite d’avoir fait découvrir pour la première fois l’esthétique de l’opéra de Pékin aux publics et aux artistes occidentaux. Son influence sur la formation et l’interprétation des rôles de dan perdure encore aujourd’hui dans cet art, et son nom reste la référence absolue dès que l’on évoque la tradition des rôles féminins dans l’opéra de Pékin.
D'où proviennent les histoires du répertoire
Une grande partie du répertoire classique de l’opéra de Pékin puise dans un fonds commun de sources narratives bien connues de la tradition chinoise : les chroniques historiques des Trois Royaumes et du conflit Han-Chu, les bandits héros populaires du Au bord de l’eau, le voyage surnaturel de La Pérégrination vers l’Ouest, ainsi que diverses romances de cour et légendes transmises par les traditions lyriques antérieures. Ces histoires étant déjà largement familières au public chinois, dramaturges et interprètes pouvaient se concentrer moins sur l’exposition que sur la performance elle-même — le chant, le combat, les sommets émotionnels — forts de la certitude que les spectateurs savaient déjà qui étaient les personnages et, en gros, comment leurs histoires se terminaient, un peu comme le public occidental aborde un mythe ou un conte de fées connu.
Ce qui se passe réellement sur une scène à Beijing
Peu de salles pékinnoises présentent un opéra complet en une seule représentation ; en général, la soirée regroupe plutôt une poignée d'extraits plus courts et autonomes, souvent choisis spécifiquement pour mettre en valeur différents types de rôles et de techniques à travers le programme. Ainsi, le visiteur peut assister à une scène dramatique d’Adieu ma concubine, à un extrait comique ou acrobatique d’une pièce du Roi des singes, et à une démonstration de jing au visage peint, le tout en une seule soirée, sans s'engager dans un récit long et linéaire. C'est un format aussi pratique qu'artistique — des extraits condensés se prêtent bien à une programmation destinée aux visiteurs, et connaître au préalable les grandes lignes de quelques histoires célèbres rend l'expérience bien plus facile à suivre sur scène, même avec des sous-titres anglais en parallèle.